Je prends le temps d'écrire mais j'annonce que je n'ai toujours pas pris celui de "sacar unas photos" pour vous montrer mon nouvel univers... Je promets de me rattraper, pour l'heure je vais vous conter mon quotidien, qui se rapproche de plus en plus de celui d'un argentin type.
Depuis Samedi, je vis dans une auberge qui ressemble à peu de chose près à un vieil hôtel désaffecté (les travaux sont en cours!) mais qui s'avère être un petit coin de paradis grâce aux gens qui l'habitent et qui la font vivre! Il faut dire que le staff a élu domicile ici, ainsi que quelques autres personnes qui sont tombées amoureuses du pays et qui restent dans cette auberge du bonheur parce qu'on s'y sent bien... Il y a un je ne sais quoi qui vous rend zen, heureux et "en vie" avant tout!
Je n'ai malheureusement pas de photos de cette bande de gais-lurons (et j'ai la flemme de monter jusqu'à mes "appartements" pour aller chercher mon appareil) mais vivent ici: Carolina, Alvaro, Adriana (qui préfère qu'on l'appelle Adri), Pablito, Sara, Guillermo (je dois surement écorcher son prénom), Jesus et Leandro. Le plus jeune a 20 ans et le plus âgé 71, il en parait 60 et je pense que c'est le plus actif de tous! Ils m'ont pris sous leur aile dès mon arrivée et je dois dire que ça fait un bien fou: nous buvons le maté ensemble tous les jours, nous partageons nos journées, refaisons le monde autour d'un bon repas... Même les chauve-souris qui couinent au dessus de nos têtes ne pourraient pas ébranler l'ambiance paisible et saine qui règne ici.
En plus de cette 2e maison, j'ai également trouvé mon bonheur où sein de la Fondation Léon. Située à quelques cuadras de l'auberge, cette association couvre plusieurs domaines: l'éducation, la santé, le développement communautaire et l'aide financière. L'ensemble des employés et des volontaires qui s'y investissent est réellement adorable! C'est tout un monde qui s'ouvre à moi, un univers que je ne connaisse que partiellement. En tant que volontaire, je pense me diriger vers 2 secteurs: la santé et le développement communautaire, j'ai déjà participé à une réunion au sein du programme "Matias" qui s'emploie à aider les plus défavorisés en commençant par les enfants. Samedi nous irons sur place afin de leur créer un espace commun (réfectoire) où les règles d'hygiène de base seront respectées, nous allons mettre sur pied certaines activités pour divertir les enfants et des médecins bénévoles vont venir ausculter les familles gratuitement. (Nous apportons également une quantité phénoménale de dentifrices, brosses à dents, peignes, savons, préservatifs, etc.)
Aujourd'hui, avec 2 membres du programme "Ezequiel" (secteur de la santé), je suis allée visiter un hôpital pour enfants et tout un tas d'autres départements afin de voir ce qu'il était possible de faire pour leur venir en aide. Il est important que vous sachiez que les hôpitaux d'ici n'ont rien avoir avec les nôtres: ils sont vieux, sales, mal équipés et désorganisés. On s'y balade comme on veut, on entre où bon nous semble et personne ne vous dit rien... Les familles vivent littéralement dans les couloirs pour rester près de leurs enfants. Les chaises de camping se suivent en rang d'oignons, sous une pile de couvertures et de paquets de nourriture consommée à la va-vite. Les patients sont tous "parqués" dans des grandes salles où il fait très froid l'hiver et irrespirable l'été. Ils n'ont rien d'autre à faire que d'attendre: pas de télé, pas de fleurs, pas de tableau au mur... Les jouets sont gardés sous emballages pour limiter le risque de bactérie je présume (ce qui n'a pas beaucoup de sens à mes yeux mais passons). Il y a un manque cruel d'organisation entre les différentes parties du même hôpital, il faut dire que chaque département est séparé des autres: il faut prendre un taxi pour aller de la maternité à la section pour enfants. Les secteurs ne communiquent pas entre eux et les familles des patients sont les victimes de ce manque d'organisation. Rien n'est mis en place pour leur permettre de se loger ni même de retourner chez eux: ils arrivent en même temps que leur progéniture avec l'ambulance et restent plantés là, perdus et soucieux de savoir le sort que l'on réserve à leur enfant. Imaginez-vous le nombre de choses qu'il reste à faire ici pour octroyer un service minimum à ces personnes! Cette journée m'a marqué, je n'ai évidemment pas de photos de ce que j'ai vu et j'espère que je suis parvenue à vous transmettre un peu mes impressions...
Le pire (ou le meilleur) dans tout ça c'est que la vie continue, je commence à comprendre d'où leur vient cette force tranquille, cette sagesse qui émane de chacun d'entre eux. Ils relativisent parce qu'ils n'ont pas d'autre choix et je pense que nous devrions en tirer une leçon, nous, européens de la classe moyenne. Demain je vais découvrir le "barrio" où vivent les sans-papiers et leurs familles, je vous ferai part des mes impressions!
Pour l'heure, le maté se prépare doucement: il y a un texte écrit par un journaliste de Buenos Aires sur cet "art", il dit que ce n'est ni une boisson ni un plat, c'est un partage, une discussion, un moment passé entre amis et un prétexte pour se voir. Il a raison.
