Je vous écris en direct de la Fondation, il est 10 heures du matin et je suis en train de faire la permanence de la "banque orthopédique". En d'autres mots, l'association prête béquilles, canes, chaises roulantes et autres supports médicaux aux patients dans le besoin. On m'avait dit qu'il n'y avait pas beaucoup d'activité en général mais je viens de recevoir ma première "cliente", une vieille dame bien sympathique et tout aussi perdue que moi! Après lui avoir proposé un thé, elle s'est assise et nous avons papoté. Il y a quelques papiers à remplir pour l'administration et cela prend un peu de temps, du coup on le met à profit pour faire la conversion avec ces personnes, afin de les mettre à l'aise et de leur expliquer le fonctionnement de la "banque". J'ai malheureusement buté sur le mot "fallecida" qui veut dire "décédée"… Elle me parlait de sa défunte mère et j'ai du lui faire répéter 5 fois le mot afin de pouvoir l'écrire correctement: on apprend comme on peut.
| Le barrio |
| Un enfant jouant avec un cable trouvé à terre. |
Samedi, je suis allée au Barrio pour participer à la journée de la Santé organisée par la fondation. Je ne m'attendais pas à voir autant d'enfants, ils étaient près de 50 (et on m'a dit qu'ils n'étaient pas nombreux) à courir dans tous les sens, sauter sur les pneus, jouer avec les chiens errants, etc. Nous avons distribué le petit-déjeuner et ils se sont docilement assis (pour la plupart) dans le grand réfectoire communautaire. Leur âge variait de 2 à 15 ans, tous frères, sœurs, cousins ou voisins. La plupart est scolarisée mais certains ne connaissent rien d'autre que le Barrio où ils sont nés et la fondation. J'ai vu des enfants malades, sales et infirmes. L'un d'entre eux, âgé d'à peine 6 ans, s'est cassé la cheville il y a plusieurs mois; ses parents ne l'ont pas emmené à l'hôpital et aujourd'hui son pied pend au bout de sa jambe, retenu par la peau qui se tend horriblement en laissant ressortir la pointe du tibia, en relief. Je ne suis pas parvenue à comprendre comment il parvenait encore à se déplacer mais cet enfant marche et court comme tous les autres, en boitant terriblement mais il le fait. Il n'a pas le choix, il devra vivre comme ça. J'ai peur pour lui quand je pense à sa croissance, je suppose qu'il aura des problèmes plus tard et ça me brise le cœur.
| L'atelier musique |
| L'atelier dessin. |
Après le déjeuner, nous avons commencé les ateliers: musique, sport, bracelets, dessins et lecture. J'ai été très surprise de voir qu'en fin de compte, ce sont les enfants qui décident le déroulement des opérations. Je déplore un peu le manque d'organisation mais je suis consciente qu'instaurer une discipline trop stricte dans ce genre d'endroit est quasiment "mission impossible". La majorité des enfants se calme d'elle-même, se concentre sur sa peinture, sur son ballon ou autre pendant qu'une poignée de troubles-fête continue de semer la zizanie où elle peut. C'est le jeu! Ils sont tous très attachants, ils se pendent à nos bras en riant, en nous demandant de faire telle ou telle chose, en nous racontant qu'un tel vient de tirer les cheveux d'un autre. C'est agréable, c'est euphorisant et gratifiant. Pendant les ateliers, une partie des volontaires est allée accompagner les médecins partis rendre visite aux familles afin de les ausculter et de leur distribuer du dentifrice, des brosses-à-dents, des préservatifs, du savon et des peignes. Certains des habitants du Barrio n'avaient jamais vu de préservatif et n'avaient pas la moindre idée concernant son utilisation. Les médecins ont observé tout un tas de maladies de la peau auprès de ces patients, elles résultent du manque d'hygiène ambiant mais peuvent s'aggraver considérablement et poser des problèmes importants. Nous avons essayé de les sensibiliser au maximum sur les règles de propreté basiques, en essayant de toucher les jeunes avant tout afin d'avoir plus de force auprès des parents.
Durant l'après-midi, les adolescent(e)s ont assisté à un cours d'éducation sexuelle et de prévention sanitaire. Tout cela s'est passé de la manière la plus informelle qui soit, sur le ton de la conversation, sirotant un maté où grignotant un gâteau. Les gens se montrent farouches dès qu'on aborde des sujets un peu plus profonds que la pluie et le beau temps. Ils évitent notre regard et le leur se perd au loin, s'éteint, comme s'ils ne voulaient pas savoir, comme s'ils avaient peur. Je dois dire que la plupart d'entre eux montre une véritable envie de s'en sortir, d'avancer et de connaitre. Cela dit, il en reste encore qui se renferment, ne veulent rien entendre et se sentent bien comme ils sont. Je ne leur jète pas la pierre, loin de là, chacun est libre de faire ce qu'il désire et la fondation se montre suffisamment accueillante pour qu'ils se laissent guider. Certains m'ont confié que c'était un choix de vie plus qu'une obligation. Je suppose que je peux l'accepter, même si je ne parviens pas encore à le comprendre.
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